La culture du thé au Maroc

La culture du thé au Maroc

Ce sont sans aucun doute mes voyages qui ont fait de moi qui je suis. Sans être un globe-trotter dans l’âme et sans avoir parcouru tous les recoins de la planète, j’ai eu l’occasion de partir et d’aller à la rencontre de cultures différentes. De mes plus beaux voyages j’ai rapporté des photos qui s’entassent dans des cartons à chaussures au fond d’un placard et quelques bibelots. Mais mes plus beaux souvenirs sont dans ma tête et dans mes sens. C’est l’un des plus marquants que je veux partager avec vous aujourd’hui.

Il y a maintenant plusieurs dizaines d’années, j’ai eu la chance de découvrir le Maroc, pas dans un format aseptisé et touristique mais avec la vérité et la richesse de différents quartiers de Rabat. Je vous parlais de souvenirs, on dit que les odeurs et les parfums sont les plus forts. Combien de fois avez-vous replongé dans le passé lorsque votre nez a croisé un parfum ou une odeur particulière. Pour moi, le Maroc a cette force, c’est un parfum, celui du jasmin et du thé à la menthe.

J’étais déjà amateur de thé mais je n’étais pas préparé pour autant au choc que cette boisson représente dans la culture marocaine. Il est omniprésent, symbole d’une convivialité presque spirituelle. Le thé à la menthe au Maroc est un rite obligatoire, que vous soyez riche ou pauvre, le soir ou le matin, à la terrasse d’un café, dans un Ryad, au souk ou au milieu de désert. Boire un thé, c’est partager, c’est presque aussi commun que de se serrer la main, pas comme on le ferait machinalement avec un « ça va ? » mais avec attention et écoute comme on dirait « je suis heureux de te voir, que me racontes-tu mon ami ? ». Cette politesse, cette humanité est universelle au Maroc, le thé est un bien commun, partagé par tous sans classe sociale. A l’époque en France, le thé conservait une image élitiste, ce fut donc un choc.

Mais attention, même au milieu du désert et même avec le plus turbulent des marchands du souk, le moment d’un thé à la menthe est un temps suspendu, un instant particulier, noble, précis. Après quelques jours, mon voyage prit une tournure inattendu et par hasard, si tenté qu’il existe, je me suis retrouvé dans les jardins du palais royal. Alors que les regards ébahis de mes camarades s’arrêtaient sur les magnifiques mosaïques de ces jardins intérieurs, je fus attiré par un tout autre spectacle. Un homme préparait sur une table basse les ingrédients pour un thé à la menthe. « bonjour, je m’appelle Icham » me dit-il simplement en me souriant et tout en me parlant des millions de détails du palais, ses mains s’affairaient à préparer le thé : un thé vert Gunpowder, des feuilles de menthe fraîches et de l’eau. Je n’appris que plus tard qu’Icham était l’un des maîtres de thé du palais, que 40 ans d’expérience lui avait permis de m’offrir ce spectacle simple. Il n’y a avait rien d’exagéré dans ses gestes d’une précision hypnotique. Encore aujourd’hui, je ne saurai pas dire comment ou pourquoi j’ai le souvenir d’un moment parfait, mais j’en ai toujours le parfum en tête.

Mon périple marocain m’a permis de comprendre que si le thé à la menthe est un moment partagé par tous, il compte des variantes. Plus au sud, dans les régions plus chaudes du Maroc, le thé à la menthe est moins sucré mais toujours servi très chaud. Icham m’avait expliqué pourquoi la théière doit être portée en hauteur pour créer en versant une mousse en surface. Il l’appelait le « turban » et cette technique permet de libérer tous les arômes du thé et de la menthe. Sans doute que ma retenue naturelle d’occidental me fait encore hésiter à lever ma théière aussi haut qu’il le faisait mais je reconnais dans ce geste l’authenticité d’un moment particulier et d’une saveur inégalée.

Si vous n’avez encore pas eu l’occasion de boire un véritable thé à la menthe, je vous invite à le découvrir dans ce qu’il a de plus authentique, vivez un partage autour de ce verre de thé brûlant et racontez-moi vos voyages.

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